vendredi, 14 novembre 2008

La pute

images.jpg

Je regarde par la baie vitrée de mon nouvelle appartement, sur mon lit bien installée avec mon nouveau pc sur les genoux, et dans mes mains ma tasse de thé bouillante. Dehors, la température est de 6°C. Au moment de commencer une note pour vous chères lectrices et lecteurs, je repense à cet un homme assis au pied de mon immeuble.

Cela fait trois soirs que je passe devant lui, cela fait trois soirs que je laisse tomber quelques centimes dans sa casquette et quelques bonsoirs du bout de mes lèvres sur son visage.

Je lui donne 35 ans, mais son regard est celui d’un vieillard. Non, il n’est pas prostré devant une bouteille de vin ou une canette de bière . Il n’est pas soûl. Il n’es pas affalé sur le trottoir. Il n’a pas de chien infesté de poux ou de tic.

Aujourd’hui, Je sors du métro et ralenti mon pas effréné lorsque j’arrive à sa hauteur, puis je lui offre mes centimes et mes sentiments que j’ai préparés par avance dans le métro, car je sais qu’il sera là. Ce soir, il était différent. Son regard a changé. Est-ce le froid? La peur de la nuit? L’angoisse de la solitude? Ou la haine? Il avait un regard de colère. Le regard qui a envie de s’en mettre une. Et de s’en mettre une bonne - Whiskey, une bouteille de Gin - pour oublier, pour ne pas penser. Combien de temps tiendra -t- il? Tombera-t-il de son trottoir?

Il avait le regard de ces hommes auprès de qui je travaillais cet été. Des hommes qui ont soif. Boire comme avaler un antalgique, pour oublier, anesthésié cette angoisse qui se saisie de votre corps. Les jambes se flagelle, le ventre se noue, le cœur s’emballe, les bras ne se maitrisent plus, et elle finit pas nous étrangler cette putain d’angoisse. Elle nous nargue, elle aussi sur son trottoir. Elle emprisonne le premier sdf venue et l‘ensorcèle. Lui veut fuir la pute, elle est trop difficile à supporter en plus de la faim et de la fatigue. Il cherche le refuge le plus proche, le plus facile d'accès, car il en a marre, il est fatigué, il veut juste oublier.

Le refuge de l’alcool, pour oublier l’espoir. L’espoir qui ramène sans cesse aux souvenirs de moments chaleureux passés en famille ou dans un lit. Oublier ce confort qui est devenu inaccessible . Oublier les gens qui nous ont oublier et ceux qui nous ont jeter. Oublier cette merde dans laquelle on s’est empâté.

Je suis encore passée et ne me suis pas arrêtée. Et si demain, je m’arrêtais et m’asseyais à sa hauteur, que lui dirais-je? Ce n’est pas un soiffard, pas encore. Quelqu’un n’a pas dit un jours: « une parole, et je serais guéri »?

Commentaires

Oh oui, une parole serait déjà un réconfort, la goutte d'eau qui pourrait faire déborder l'énergie positive ?

Nous vivons une époque formidable où tu es une des rares à remarquer les aspérités du paysage... combien passent à côté sans voir, penser, espérer ?

Fais juste attention à toi si tu t'assoies près de lui, tu es une jolie minette et un chat reste un chat :-)

L'autre jour dans le métro, un SDF s'est assis en face de moi. Je l'ai fixé, lui aussi et il a haussé les épaules en montrant mon walkman. Je l'ai éteint. Il a parlé. "Bonsoir, ça va ?!" Il m'a dit qu'il allait faire l'aller retour complet de la ligne, pour s'occuper et être au chaud. Et puis il m'a demandé si j'étais célibataire. Il avait une barbe de... trois mois ? blanche et sale bien sûr, et me dit... nous avons à peu près le même âge ! J'ai beaucoup ri, il avait 52 ans et je ne m'attendais pas à me faire draguer ! Il a totalement integré sa couche de crasse et l'odeur qu'il dégage... j'ai pris une grande bouffée d'air moins pollué en sortant pour marcher...

Une parole, un rire, déjà ça.
Une association et une action "politique" plus efficace ?
Je ne sais même pas...

Reste comme tu es. Bon dimanche la belle ! :-)

Ecrit par : Aurore | dimanche, 16 novembre 2008

Très beau texte.
Il me rappelle une rédac que j'avais faite à 15 ans sur la prostitution (il fallait parler d'un quartier) et ma prof m'avait demandé quelle note je voulais parce qu'elle était pas "capable" de noter mes écrits.

Ecrit par : BritBrit | lundi, 17 novembre 2008

Très jolie note...Quoi dire? je ne sais pas. Comment aider ? je ne sais pas. Te forces pas, fais comme tu le sens, si un soir, tu as envie de lui parler, de partager...tentes, tu n'as rien à perdre après tout! Biz

Ecrit par : zygaena | mardi, 18 novembre 2008

Très belle note. Ce n'est pas facile de parler aux SDF, on ne sait jamais quoi leur dire car au final c'est dificile de se sentir suffisament humble pour partager avec eux quelque chose qu'on ne peut pas réellement comprendre.

Ecrit par : Suffragettes | mercredi, 19 novembre 2008

Oui, tout à fait, c'est dur de leur parler, car on ne sait pas toujours comment s'adresser à eux. Leur malheur est lourd et il fait peur.

Ecrit par : fanette | vendredi, 21 novembre 2008

@ Aurore: en effet désormais j'ai ma propre action politique.

@ BritBrit: Pas capable? Mais que fait l'éducation national?

@ Zygaena: Au final, j'ai rien tenté.

@ Suffragettes: En effet, comment nous qui dormons tous les jours au chaud peut on les comprendre...

@ Fanette: Malheur, lourd, peur. tès bon résumé.

Ecrit par : Grenouille | dimanche, 23 novembre 2008

Ecrire un commentaire